
En 10 ans, le nombre de bornes de recharge de véhicules électriques ouvertes au public a été multiplié par 20. Le déploiement dans l’espace privé est aussi en forte augmentation, avec des solutions proposées par les constructeurs de plus en plus performantes et diversifiées. L’entrée en vigueur depuis le début de l’année de nouvelles réglementations devrait encore accélérer ce déploiement, avec des bornes de plus en plus puissantes pour réduire les temps de recharge et répondre à l’arrivée des bus et camions électriques.
Le nombre de points de recharge ouverts au public a dépassé 150 000 à fin décembre 2024 (154 694 très exactement) et ces installations se poursuivent avec plus de 2 650 bornes mises en service en janvier dernier. Mais ce qui est à noter, c’est que 432 de ces points de charge sont des bornes ultra-rapides de plus de 150 kW, un ratio qui n’avait encore jamais été atteint.
Rappelons que l’objectif fixé par la loi de transition énergétique pour la croissance verte (LTECV) reste à 400 000 points de charge ouverts au public en 2030.
Comme le note Olivier Delassus, directeur de l’activité eMobility de Siemens Smart Infrastructure France, « le marché des infrastructures de recharge pour véhicules électriques (IRVE) en France continue sa forte progression en 2025, porté par un cadre réglementaire favorable et des besoins croissants en électromobilité.
- Un contexte réglementaire structurant : les dispositifs comme la loi LOM (loi d’orientation des mobilités) et le règlement européen AFIR accélèrent le déploiement des bornes et favorisent leur interopérabilité.
- Une diversification des usages : au-delà des particuliers et des entreprises, les sites commerciaux, les flottes professionnelles et les collectivités investissent massivement dans les IRVE.
- Un fort potentiel sur le segment poids lourds et bus : le développement des stations de recharge dédiées aux camions et aux bus électriques est en pleine accélération. Siemens dispose d’un portefeuille de solutions adaptées à ces besoins ».
De nouvelles réglementations s’appliquent en 2025
Une nouvelle échéance au 1er janvier 2025 de la loi d’orientation des mobilités (loi LOM) impose aux entreprises (hors résidentiel) d’installer des bornes de recharge sur leurs parkings : pour chaque tranche de 20 places, une borne doit être installée par l’entreprise, soit 5 % des places équipées de bornes, dont une accessible aux personnes à mobilité réduite (PMR). Une obligation similaire est imposée aux collectivités locales pour tous les parcs de stationnement de plus de 20 places, gérés en régie, en délégation de service public ou par un marché public.
La loi LOM impose également depuis le 1e janvier 2025 aux entreprises de pré-équiper leurs parkings pour faciliter l’installation future de bornes de recharge pour leur personnel ou leurs visiteurs. Ce pré-équipement s’applique à hauteur de 20 % des places de parking pour les parkings de plus de 10 places des bâtiments neufs ou en rénovation importante. Pour les bâtiments existants, c’est au moins 10 % des places de parking existantes. Cela devrait répondre aux attentes des Français qui sont plus de 60 % à estimer que l’accès à une borne de recharge sur leur lieu de travail est essentiel.
Ces installations de bornes sont à mettre en relation avec l’obligation par cette loi LOM aux entreprises possédant plus de 100 véhicules d’électrifier leur flotte à hauteur de 20 % depuis le 1er janvier 2024, une électrification qui passera à 40 % au 1er janvier 2027.

Les entreprises, collectivités et syndics doivent donc anticiper et réaliser ces installations de charge pour répondre à ces réglementations, mais aussi à la demande des utilisateurs de véhicules électriques et hybrides pour un usage personnel ou professionnel.
Les subventions ont aussi évolué, la prime ADVENIR (programme piloté par Avere-France) ne bénéficie plus aux entreprises pour leurs parkings de collaborateurs, mais les entreprises ayant des flottes de poids lourds, les entreprises de location de courte durée ou les professionnels de l’automobile restent éligibles à cette aide financière qui couvre de 25 à 50 % des coûts d’installation avec un plafond. Les copropriétés et les collectivités restent éligibles à ces subventions.
Un marché qui devrait rester en hausse en 2025
En comptant les bornes publiques et privées, il y aurait 1,7 million de bornes de recharge en France pour un objectif fixé par le gouvernement à 7 millions en 2030, le marché devrait continuer à croître cette année.
Comme l’explique Gautier Chatelus, directeur exécutif de Driveco : « Le marché du véhicule électrique va continuer de se développer en 2025, avec l’arrivée de nombreux nouveaux modèles, notamment beaucoup plus abordables, tandis que les obligations d’électrification des flottes professionnelles stimuleront davantage la demande d’IRVE.
Bien que le réseau national de recharge couvre déjà largement le territoire, sa densification et son renforcement restent nécessaires, ce à quoi les opérateurs regroupés au sein de Charge France, dont Driveco, ont prévu de répondre en investissant plus de 3 milliards d’euros d’ici 2028.
Chez Driveco, notre ambition est de rendre une recharge de qualité accessible partout, en adaptant notre offre aux différents usages et à la fréquentation des sites, avec une attention particulière pour les emplacements à fort potentiel que nous équipons en haute puissance.

La demande d’installation reste forte en 2025 et nous y répondons avec détermination, mais la bonne santé du marché des IRVE dépend nécessairement des aides et facilités mises en place par l’État pour assurer la rentabilité, rendant ainsi l’évolution du parc de véhicules électriques indissociable du développement des infrastructures de recharge. »
Ce que confirme Jérôme Lunati, Content Strategy & Activation Specialist, Sales & Marketing Europe d’Hager : « Le marché reste dynamique, d’après une étude (LCP DELTA), nous avons encore une belle croissance devant nous avec, pour le segment résidentiel Maison Individuelle, 1,6 million de points de recharge à équiper !
Le marché “Workplace” va aussi évoluer, car la loi LOM et aussi la nécessité pour lesentreprises d’apporter une réponse au besoin de recharge des salariés est bien présent, toujours selon LCP DELTA, cette évolution est plus modérée, mais montre aussi la croissance des nouveaux besoins de mobilité : 181 000 points de recharge à installer à l’horizon 2030 pour la recharge des salariés et 270 100 points de recharge pour les véhicules de société, ce dernier est fortement lié à la mise en place de la loi LOM et au virage des entreprises vers une mobilité plus douce. »


Les installations se font encore dans l’espace public
La dynamique d’installation des bornes est aujourd’hui dans le privé (enseignes de la grande distribution, commerces, hôtels), mais il reste encore une politique d’installation de bornes dans l’espace public par les collectivités sous différentes formes : des marchés publics classiques, des délégations de services publics (DSP), des appels à initiatives privées (AIP) ou encore des appels à manifestations d’intérêt (AMI), la collectivité ne prenant plus en charge l’investissement.
Ces collectivités peuvent s’appuyer sur l’expertise de sociétés comme SIT, Société pour l’Investissement en Infrastructures des Territoires, qui ont pour objet d’investir et d’assurer la maîtrise d’ouvrage de projets clés en main pour le compte de collectivités publiques et d’acteurs privés.
Spécialisée dans l’installation et la gestion de bornes de recharge sur la voirie, SIT installe en milieux urbains et périurbains des bornes de recharges ultra-rapides, qui délivrent des puissances jusqu’à 200 kW, permettant aux habitants d’effectuer des appoints de charges, de préparer de longs trajets, ou pour les flottes spécifiques de réaliser des kilométrages journaliers élevés. Afin de répondre aux besoins de recharge complémentaires, cette offre est complétée par des bornes qui proposent des types de puissance de recharge variés : des puissances relativement faibles pour les durées de recharge longues (sur les secteurs résidentiels ou au travail), des puissances plus élevées pour les durées de recharge courtes.

Dès 2020, SIT a également fait un choix clair pour l’ensemble de ses réseaux : la tarification au kWh, permettant de facturer l’énergie chargée, et non pas le temps de charge.
Aujourd’hui implantée dans une soixantaine de communes, SIT compte plus de 1 100 points de charge avec notamment : 26 points de charge à Dreux, 48 points de charge à Saint-Brieuc, 54 points de charge à Béziers, 68 points de charge à Arcachon, et près de 1 000 points de charge dans plusieurs villes d’Île-de-France (Issy-les-Moulineaux, Charenton-le-Pont, Rueil-Malmaison, Montreuil, Saint-Denis, Morangis…) dans le cadre de la gestion par SIT du réseau francilien Métropolis Recharge, partenaire de la Métropole du Grand Paris.
Une offre de bornes en constant renouvellement
Les fabricants de bornes de recharge adaptent en permanence leur offre à l’évolution des besoins du marché (encombrement, fiabilité, moyens de paiement et de réservation de la charge, gestion et maintenance des bornes, montée en puissance des besoins…).
Hager a développé une gamme complète de bornes witty de 1,4 à 22 kW AC, de witty one pour le résidentiel à witty park pour un usage tertiaire sur les parkings publics et privés, mais aussi witty solar pour les bâtiments équipés de photovoltaïque.

Ces bornes ont des caractéristiques communes, comme l’explique Jérôme Lunati : « Une borne de recharge doit répondre à certains critères auxquels notre gamme witty apporte une réponse pertinente : des produits fiables et durables et pour cela, la gamme witty dispose de 10 ans d’expérience en interne sur le développement de bornes de recharge ainsi que d’une gamme de pièces détachées permettant d’allonger la durée de vie en remplaçant les pièces d’usures (la prise, par exemple). Une borne de recharge doit permettre de piloter sa puissance en fonction de la consommation du bâtiment : la gamme witty permet de piloter la recharge en fonction du bâtiment en prenant en compte les informations du compteur Linky, permettant ainsi de moduler ou d’interdire la recharge en fonction du tarif en cours et de la puissance disponible. Pour la gamme tertiaire, cette modulation de puissance est réalisée au travers d’un gestionnaire LLM (Local Load Manager) capable de piloter la modulation de puissance jusqu’à 40 points de recharge de façon dynamique.

Et une borne de recharge doit permettre de s’adapter aux nouveaux besoins, comme la recharge du salarié à domicile : la gamme witty plus permet de répondre au besoin de recharge à domicile et de communication vers un opérateur de mobilité avec une borne de recharge spécialement conçue pour cet usage, c’est-à-dire compatible avec le compteur Linky et communicante OCPP. »
Ces bornes sont conformes à la norme ISO 15-118 qui vise à établir une communication bidirectionnelle entre la borne d’un côté, et le véhicule branché de l’autre. Le protocole de communication et de facturation est directement établi via un dialogue entre la voiture et la borne de recharge.
Fin 2024, Schneider Electric a mis sur le marché sa nouvelle borne de recharge Schneider Charge (de 11 à 22 kW) destinée au marché résidentiel. Schneider Charge a d’abord été pensée pour les propriétaires de véhicules électriques qui parcourent plus de 50 kilomètres par jour et qui sont à la recherche d’une solution de recharge efficace, pratique et sûre. Elle s’adapte donc à tout type d’usage et convient aussi bien aux gros rouleurs qu’aux conducteurs plus occasionnels.
« La borne de recharge Schneider Charge se distingue par sa simplicité d’installation et d’utilisation. Avec un poids de 3,2 kg, elle peut être posée sur n’importe quel mur, quels que soient le type de câble et l’arrivée de câble. Le gabarit de perçage intégré au packaging et la mise en service via eSetup permettent une installation rapide et facile en seulement 15 minutes. Elle est idéale pour une utilisation en intérieur comme en extérieur. Cette nouvelle borne, en plus de proposer une recharge rapide, permet aux propriétaires de véhicules électriques de maîtriser leur consommation d’énergie. Schneider Charge est compatible avec l’écosystème connecté Wiser pour superviser et gérer à distance la recharge directement via l’application Wiser Home. Les utilisateurs pourront ainsi programmer, contrôler et optimiser la recharge en fonction de la consommation énergétique du foyer. Avec Schneider Charge, nous proposons une borne de recharge fiable qui répond au besoin grandissant du marché du véhicule électrique. Grâce à notre borne, nous réduisons les contraintes liées à l’installation du matériel et nous garantissons l’optimisation de la gestion de la consommation électrique des foyers. Nous espérons faciliter l’adoption de véhicules électriques en proposant une solution de recharge à domicile simple et optimisée pour tous les utilisateurs », déclare Romain Flattet, VP Channel & Power Products Schneider Electric France.

En janvier 2025, Schneider Electric a complété cette offre avec une version Schneider Charge Pro faisant partie d’une offre clés en main intégrée qui simplifie la recharge du début à la fin pour permettre aux opérateurs de points de charge (CPO) et aux propriétaires de bâtiments de moderniser ou d’établir de nouvelles installations de recharge, et aux électriciens de disposer d’un processus d’installation facile et fluide. Cette borne est également livrée avec un logiciel de système ouvert qui suit efficacement les temps de charge, simplifiant ainsi le processus pour les CPO de rembourser les employés qui rechargent des véhicules électriques faisant partie d’une flotte à leur domicile. Cette solution ouverte est complétée par EcoStruxure pour les multipropriétés voulant gérer les charges électriques en temps réel, ce qui permet d’effectuer de gros volumes de recharge de véhicules électriques sans surcharger ni perturber l’alimentation électrique des locataires ou du bâtiment. Ceci est pris en charge par un nouvel outil de surveillance à distance basé sur le cloud qui permet une pré-mise en service hors site et une mise en service plus rapide sur site via une seule application mobile intuitive.
« En simplifiant l’adoption de l’EV aux opérateurs de flotte, aux propriétaires de bâtiments, aux électriciens et aux logements multifamiliaux, nous permettons de se conformer aux réglementations de l’UE tout en aidant les entreprises à accélérer leurs objectifs d’électrification et à générer la transition vers l’énergie durable », explique Nadège Petit, directrice de l’innovation de Schneider Electric.
KEBA propose ses bornes KeContact P40, fabriquées en Autriche pour une recharge triphasée jusqu’à 22 kW. « Équipée d’un câble conforme à la réglementation française, elle fait gagner un temps précieux à l’utilisateur en lui évitant d’avoir à sortir son propre câble du véhicule à chaque session de charge, explique Alexis Menegoz, directeur France de KEBA Mobility. Conçue pour les applications commerciales, elle permet une communication sécurisée à l’aide de protocoles IRVE ouverts standardisés et est conforme à la norme ISO 15118 – la rendant facilement intégrable aux systèmes de supervision utilisés par les opérateurs. L’interrupteur différentiel de type A intégré assure un fonctionnement sécurisé, tout en économisant le temps et le coût associés à son installation au tableau électrique.

En associant la borne avec le gestionnaire de charge KeContact M20, l’énergie disponible est répartie de manière intelligente. Ainsi, les grappes constituées de nombreux points de charge – telles que dans les parkings de surface ou souterrains – peuvent être gérées facilement et de manière fiable.
Le compteur électrique intégré (certifié MID) permet la refacturation du courant de charge, par exemple aux utilisateurs d’une voiture de fonction qui rechargent à domicile. De plus, avec le module LTE, la borne de recharge peut rester en ligne partout, indépendamment du LAN ou du WLAN. Enfin, la KeContact P40 Pro remplit les conditions techniques pour supporter le Plug & Charge et la charge bidirectionnelle. »
L’installation des stations de bornes de recharge peut nécessiter des travaux au niveau des réseaux
Comme le note Charles-Édouard Marcelino, Marketing Specialist d’ABB France, « pour les bornes de recharge concernant le véhicule léger du particulier, le marché est arrivé à un point jugé satisfaisant par rapport au nombre de véhicules en circulation. Il en est de même pour le nombre de bornes installées sur le domaine public. En outre, nous observons une évolution avec les premiers camions électriques qui arrivent sur les routes et la nécessité de puissances de raccordement plus importantes avec des prestations de génie civil (place nécessaire pour installer des bornes sur des aires réservées aux camions, dont le nombre peut être limité sur les autoroutes). Nous constatons également l’arrivée de nouveaux opérateurs de charge pour des opérations sur des aires, éventuellement hors autoroutes, sur lesquelles on peut avoir des besoins de plusieurs MW de puissance électrique installée pour laquelle il faudra un poste, des cellules MT, des TGBT. Sur ce point, ABB dispose des solutions pour l’électrification des infrastructures de recharge, de la connexion au réseau, jusqu’à la protection avancée des bornes de recharge AC/DC, avec des solutions en matière de distribution d’énergie et de gestion dynamique de la charge.
Le problème peut aussi se poser pour les aires de services qui nécessitent des travaux importants. La question du stockage peut alors se poser lorsque vous êtes loin d’un poste source, et dans ce cas, il peut y avoir plusieurs années d’attente pour mettre en œuvre un renforcement de réseau. En effet, ces décisions de renforcement de réseau en concertation avec RTE et Enedis pour lesquelles les IRVE ne sont pas toujours prioritaires sont traitées avec des études au cas par cas ».
Des bornes polyvalentes
Des bornes peuvent assurer plusieurs fonctions, à l’image des bornes de RZB Energy qui propose des bornes et mâts intégrant la double fonction : éclairage et recharge de véhicule électrique.
Comme l’explique Christophe Houpiez, directeur commercial de RZB Lighting France, « les produits éclairants sont dédiés à l’éclairage de parking et à l’accès des bâtiments. Nous proposons différentes photométries symétriques ou asymétriques avec des flux allant jusqu’à 36 W 3 900 lm pour les bornes et 5 550 lm pour les mâts. L’option de recharge propose différentes puissances, de 11 kW à 22 kW et jusqu’à 2 points de recharge par mât ou borne.
Nos bornes de recharge sont couplées à un opérateur de charge nous permettant d’assurer le contrôle d’accès et une refacturation aux utilisateurs.
Cette solution réunissant un produit et deux fonctions limite ainsi les émergences dans l’espace extérieur.
Le lot VRD est également optimisé, car nous avons un seul et même emplacement à définir pour assurer les deux fonctions. L’esthétisme du produit est également très apprécié, car il valorise les abords extérieurs d’un projet.
Tous les propriétaires de bâtiment incluant un parking sont intéressés, ils peuvent ainsi proposer une solution de recharge aux utilisateurs.

La loi LOM encourage le développement du réseau de bornes de recharge et nous avons l’avantage de proposer 3 fonctions essentielles pour un client final : éclairage, recharge, refacturation possible.
Par exemple, nous avons proposé et installé notre borne RZB Energy sur le parking du restaurant Le Pré Catelan, situé au Bois de Boulogne à Paris ».
Des bornes de plus en plus puissantes en courant continu
La demande de bornes rapides (de 24 à 150 kW DC) et ultra-rapides (supérieures à 150 kW) augmente pour réduire les temps de recharge de véhicules électriques de plus en plus aptes à cette recharge rapide. Celle-ci n’est plus réservée aux aires d’autoroute, comme le confirme Gautier Chatelus : « La demande de bornes rapides est de plus en plus présente, pour tous les conducteurs de véhicules électriques en général, surtout lorsqu’ils sont en itinérance. Mais, par exemple, l’accès à une station sur un parking de supermarché doté de bornes de recharge rapide reste indispensable près des grands axes d’itinérance. Avec les capacités croissantes des véhicules électriques et le développement du parc, tout penche vers l’ultra-fast charging. Driveco travaille sur des bornes de 200 kW jusqu’à 1000 kW. »

Ce développement se fait rapidement puisque d’après les chiffres de l’Avere-France, les bornes de recharge rapide et ultra-rapide représentaient 11 % des bornes installées à fin janvier 2025, alors que ce chiffre n’était que de 2 % en 2022.
ABB propose une offre complète de bornes DC pour les infrastructures de recharge avec la gamme Terra de 24 kW DC ou AC et les bornes T360 et A400 de 400 kW. Ces bornes sont prêtes pour la charge haute tension via la gestion d’une plage de tension de sortie allant jusqu’à 980 V, prêtes pour le Smart Charging via OCPP pour piloter la demande de charge et réduire les coûts d’infrastructure.

Cette troisième génération de bornes DC est bien adaptée aux axes autoroutiers, aux parcs de véhicules électriques et aux flottes de transport pour des recharges en dépôt, en déplacement et au quai de chargement. Ces bornes peuvent se connecter à la plateforme ABB Ability avec plusieurs API disponibles.
Pour répondre à cette demande, Siemens propose sa gamme de bornes SiCharge D. Pour Olivier Delassus, « ces bornes de puissance continue jusqu’à 400 kW avec 600 A par point de charge permettent de répondre aux besoins des véhicules électriques, y compris des poids lourds et permettent une recharge dynamique avec répartition intelligente de la puissance pour une optimisation des temps de charge. SiCharge se compose des gammes Unity de 60 à 12 kW et SiCharge D de 160 à 400 kW, complétée par la gamme d’Heliox (racheté par Siemens début 2024), allant de 40 kW à 540 kW, idéale pour la recharge des bus et des camions. Siemens se positionne à la pointe de la recharge haute puissance avec l’intégration du standard MCS (Megawatt Charging System) conçu pour répondre aux besoins des camions électriques. Des sites sont déjà opérationnels, ouvrant la voie à un déploiement à grande échelle pour les infrastructures de recharge ultra-rapides dédiées aux poids lourds et au transport longue distance ».

De nouvelles solutions en test pour la recharge en très forte puissance des bus et camions électriques
D’après une étude du Gireve, les membres de l’UE développent des infrastructures pour soutenir l’électrification des véhicules lourds (HDV). Au 2e trimestre 2024, les ventes de ces HDV électriques représentaient 4,1 % des ventes totales de HDV en Europe contre 3,1 % au 1er trimestre.
Une nouvelle norme de recharge MCS (Megawatt Charging System) a été développée pour répondre aux besoins de recharge haute puissance jusqu’à 3,75 MW.

ABB s’est positionné pour déployer la norme MCS en Europe. « Pour les MCS, nous aurons un nouveau standard de connectique et dans les postes nous auronsdes installations en MT pour réduire l’OPEX et nous observons également une montée en tension (800V) des batteries, explique Charles-Édouard Marcelino. Une opération se met en place en Europe pour créer des axes de recharge entre les différents pays avec des installations de recharge de puissance. »
Aujourd’hui, il existe déjà une diagonale d’infrastructure de recharge de poids lourds de la Suède au sud de la France.
Mais comme le note Charles-Édouard Marcelino, « la recharge de puissance MCS n’est pas toujours nécessaire pour tous les camions. Il y en a qui font leur recharge de nuit au dépôt ce qui ne nécessite pas des puissances très importantes, notamment pour des distances de 300 à 500 km. Pour les plateformes logistiques, il peut y avoir des recharges de tracteurs pendant la charge des remorques ».
Les développements de bus urbains électriques nécessitent de nouvelles solutions pour assurer une recharge rapide et sûre. Ainsi, Île-de-France Mobilités déploie sur ses nouvelles lignes Tzen 4 et Tzen 5 en région parisienne de nouveaux bus électriques articulés de 24 m, 100 % électriques. Ces véhicules sont équipés de batteries haute performance rechargées par un système novateur développé par Alstom : un système de recharge statique par contact au sol (SRS) pendant les arrêts du bus.

« Cette recharge se fait par un plot de recharge installé au sol et un patin de captation rétractable, explique Philippe Berard, VP Power Transfer for Rail Vehicle-Electrical Power de Mersen, fournisseur de ces capteurs. Mersen a une longue expérience de ces capteurs équipant des métros ou tramways dans le monde entier. » Cette recharge pendant les arrêts permet de réduire la taille et le poids des batteries embarquées dans le bus.

Les projets de « route électrique » se développent pour recharger en continu des véhicules électriques (camions ou bus) pendant leur trajet sur des tronçons de route/autoroute équipés. Porté par Autoroutes et Tunnel du Mont-Blanc (ATMB), en consortium avec l’université Gustave-Eiffel, Alstom, Pronergy et Greenmot, le projet de recherche eRoadMontBlanc vise à expérimenter une solution de route électrique par rail conductif au sol en Vallée de Chamonix-Mont-Blanc. Cet ambitieux projet de plus de 20 millions d’euros vise à démontrer les capacités de cette technologie en vue de faire émerger un système de route électrique pour décarboner la mobilité routière longue distance en France, voire en Europe, à l’horizon 2030. Le principe du projet eRoadMontBlanc repose sur le système APS, pour Alimentation par le Sol. Ce système a été développé par Alstom pour le tramway et sera adapté à la route. Il utilise une piste d’alimentation électrique insérée dans la chaussée et affleurant au niveau du sol. La captation du courant se fait ensuite sous le véhicule par un bras articulé équipé de patins frotteurs, qui se posent sur les segments conducteurs.

« Mersen conçoit et fabrique ce capteur essentiel ; fixé sous le véhicule, ce dispositif assure un contact continu avec la route permettant la recharge en mouvement, explique Philippe Berard. Ce rail au sol permet une puissance plus importante, l’alimentation de plusieurs véhicules sur le rail et moins de risques sur l’infrastructure. »
Un démonstrateur sera opérationnel en avril prochain sur la plateforme d’expérimentation de Transpolis dans l’Ain, avec 400 m de rail d’alimentation, avant la mise en place du système sur 1 km de la RN 205 en Savoie. Différents types de véhicules seront utilisés pour tester cette solution.
De nouveaux services pour les utilisateurs et exploitants
Olivier Delassus met en avant le fait que les bornes SiCharge de Siemens permettent une expérience utilisateur fluide, avec des moyens de paiement variés (sans-contact, carte RFID, terminaux de paiement), un écran tactile interactif, intuitif et personnalisable selon les besoins des exploitants et un système de réservation et un affichage en temps réel de la disponibilité des bornes via le backend du client.
« Nous offrons un accompagnement complet avec des services digitaux et à distance pour maximiser la disponibilité et les performances des chargeurs, pour la maintenance et le support une assistance sur site, des pièces de rechange d’origine, des contrats de service pour assurer un fonctionnement optimal. Des programmes de formation à la maintenance et au dépannage pour les opérateurs sont proposés, et pour l’évolutivité, la possibilité de mise à niveau et modernisation des infrastructures de recharge. »
De son côté, Driveco propose ses deux dernières innovations : Réservation à 7 jours et Autocharge. Pour Gautier Chatelus, « ces innovations sont clés pour fluidifier l’expérience utilisateur et accélérer la transition des conducteurs vers l’électrique dans des domaines cruciaux comme la charge rapide, la durabilité des matériaux, ou l’intégration avec des sources d’énergie renouvelables.
Autocharge est une innovation qui marque une nouvelle étape dans l’engagement de Driveco à rendre la mobilité électrique toujours plus accessible et intuitive. Désormais, les utilisateurs n’ont plus besoin de carte bancaire, de badge ou d’application pour démarrer une session de recharge : il leur suffit de brancher le véhicule pour que la charge commence automatiquement.

En novembre dernier, DRIVECO a également lancé la réservation à 7 jours, une nouvelle fonctionnalité qui transforme la manière de gérer les déplacements en véhicule électrique, offrant une expérience de recharge totalement sereine. Avec la réservation anticipée, DRIVECO offre à ses utilisateurs de nombreux avantages :
- Gagner du temps : la fin des recherches de dernière minute pour une borne disponible.
- Voyager en toute sérénité : la garantie d’une borne disponible à l’arrivée.
- Planifier ses trajets avec précision : des itinéraires optimisés avec la garantie d’une recharge à chaque étape.
- Service gratuit : la réservation anticipée est intégrée sans surcoût dans l’application DRIVECO ».
Associer « recharge intelligente et V2G »
EY et Eurelectric viennent de publier une étude, « Recharge intelligente et V2G : comment réduire les coûts et accélérer la transition énergétique ? », montrant comment associer la recharge intelligente et le V2G (Vehicle to Grid) va permettre de réduire les coûts et d’accélérer la transition énergétique, en stabilisant le réseau et en maximisant l’intégration des énergies renouvelables.
« L‘adoption massive des véhicules électriques est en cours, mais pour vraiment libérer leur valeur, nous devons les intégrer au réseau en tant qu’actifs de flexibilité. La recharge intelligente et le V2G seront des catalyseurs clés de cette transition », explique Giuseppe Maouche, associé EY en charge du secteur automobile. La recharge intelligente et le V2G ne sont plus de simples options : ce sont des solutions incontournables pour équilibrer l’offre et la demande en Europe. Pour que les consommateurs deviennent des acteurs clés de cette transition, il est essentiel qu’ils perçoivent leur VE non seulement comme un moyen de transport, mais aussi comme un atout énergétique. Des solutions de recharge intelligente accessibles, intuitives et économiquement avantageuses seront déterminantes pour accélérer l’adoption de ces technologies. Le temps presse : les capacités de flexibilité doivent doubler d’ici cinq ans afin de suivre le rythme de l’électrification et garantir un réseau stable, résilient et durable. »
Jean-Paul Beaudet
Retrouvez le numéro de mars du magazine J3e ci-dessous :